“Je n’ai jamais pris l’avion de ma vie”

vacances

Les effets indésirables du tourisme contemporain ne sont pas un sujet à aborder lors des dîners en ville, surtout en cette période de vacances. L’irrésistible augmentation du trafic aérien apparaît toutefois difficile à concilier avec les bonnes résolutions en faveur d’une moindre dépendance aux carburants d’origine fossile et d’une limitation des émissions de gaz à effet de serre.

Ainsi, le Belge moyen consomme moitié autant de carburant en prenant l’avion qu’en roulant en voiture. Le nombre de passagers à l’aéroport national de Bruxelles a augmenté de 7 % en 2015, et ce chiffre se monte à 5,6 % à Amsterdam Schiphol. L’augmentation des croisières en navire est également une tendance dommageable du point de vue du développement durable.

Mais d’autres vacances sont possibles. Ainsi, jamais Dirk van den Berghe, originaire de la ville belge de Gand, ne s’est assis dans un avion et jamais il n’a quitté l’Europe. Détail significatif, il tient depuis cinq ans une boutique de guides de voyage à Anvers.

Sur le plancher des vaches

Il propose une autre manière de voyager : plus près de chez soi, les pieds sur terre. Sa boutique propose, outre les guides de tourisme traditionnels, une impressionnante collection de cartes et de guides d’itinéraires de randonnées à faire à pied ou en vélo, dans toute l’Europe. On peut s’en faire une idée sur le site du magasin.

Une partie de ces routes part de Belgique ou des Pays-Bas, et des routes plus à l’écart sont toutes accessibles par les voie navigables, maritimes ou ferroviaires. La carte ci-après montre tous les itinéraires cyclables au départ des Pays-Bas historiques.

circuits cyclistes en europe

La librairie est aussi un lieu de rencontre. Une grande table trône où les badauds peuvent feuilleter des livres et engager la conversation, et il s’y tient des conférences régulières.

Low Tech Magazine : pourquoi un tel concept ?

Dirk van den Berghe : une boutique de guides de voyage à visée écolo est presque une contradiction dans les termes, mais je fais une tentative en ce sens. J’ai 45 ans et jamais je ne suis sorti d’Europe. Je n’ai jamais pris l’avion de ma vie. Le développement de l’aviation à bas coûts est une aberration pure et simple, et il est curieux que des gens sensibilisés aux questions environnementales ne veuillent pas en avoir consience.

Les gens voient souvent midi à leur porte. Les mêmes qui critiquent volontiers les ouvrages sur les parcours à faire en 4X4 prennent l’avion pour passer deux semaines écolos au Pérou. Je me garde cependant d’une attitude de donneur de leçons, car cela ne sert à rien. Je souhaite juste être un exemple.

Avez-vous l’impression de passer à côté de quelque chose ?

Pas du tout. Quand je refuse de prendre l’avion, ma motivation principale n’est même pas liée au respect de l’environnement. En fait, cela ne m’intéresse pas d’arriver à un endroit de but en blanc. Je suis en voyage dès que je suis dans le pâté de maisons le plus proche de chez moi. Je ne veux pas être largué tel un extraterrestre au Pérou.

Vous vendez aussi des livres qui partagent votre approche. Comment vous situez-vous par rapport aux moeurs touristiques d’aujourd’hui ?

J’ai parfois du mal à comprendre. Des gens vont faire une randonnée en Nouvelle-Zélande pour y contempler le spectacle de la nature, lequel, pourtant, ne les intéresse pas dès qu’ils sont rentrés à la maison. Ils visitent des églises quand ils sont en voyage, sans connaître celles de leur terroir. A se demander ce qu’ils font habituellement…

Je visite des endroits qui m’intéressent, mais beaucoup de gens se disent plutôt : on le fait juste parce que c’est possible. Ainsi, j’ai eu beaucoup de questions sur la ville suédoise d’Abisko, que personne ne connaissait avant, puis qui est devenue une destination très recherchée parce… qu’une ligne d’avion a ouvert.

N’avez-vous pas d’intérêt pour les autres continents ?

L’exotisme ne me fait pas frissonner. Jamais vous ne verrez tout en Europe, tant ce continent recèle de diversité, tant vous pouvez vous y immerger dans la nature, la culture et l’histoire. Vous pouvez visiter le même endroit en différentes saisons, approfondir à l’infini la connaissance que vous avez d’un endroit.

Les gens visitent chaque année un lieu différent. Mais s’ils le trouvent si beau que cela, pourquoi n’y retournent-ils jamais ? Par exemple, la Corse me fascine, je m’y immerge, j’y retourne et c’est à chaque fois une expérience renouvelée.

Plus d’informations: Alta Via Travel Books, Nassaustraat 29, 2000 Anvers. Pour des idées de voyage, voir Alta Via Slow Travel.

Propos recueillis par Kris De Decker, le 11 juin 2016. Article original: “Ik heb nog nooit in een vliegtuig gezeten“, Lowtechmagazine.be

Traduit par Vincent Doumayrou, Mediapart.